Pourquoi Levallois s’appelle Levallois-Perret : un lotisseur, un propriétaire et un damier

Rue de Levallois-Perret : immeuble 1900 et immeuble récent, illustration de l'article sur l'histoire du nom de la ville

Lecture : 7 min

Levallois-Perret est l’une des rares villes de France à porter le nom de deux hommes qui ne se sont jamais rencontrés, et dont aucun n’était ni prince, ni saint, ni général. Jean-Jacques Perret était un propriétaire terrien, Nicolas-Eugène Levallois un marchand de vin devenu lotisseur. Leur ville n’a pas deux siècles, et elle est aujourd’hui la commune la plus dense d’Europe. Voici comment un champ de pierres et quelques vignes sont devenus une ville de 68 000 habitants au cœur de l’ouest parisien, et pourquoi cette histoire se lit encore sur le plan des rues et dans les appartements que nous vendons.

1822 : Perret lotit un champ de pierres, et échoue

Au début du XIXe siècle, le territoire de l’actuelle Levallois-Perret n’est qu’une plaine agricole partagée entre les communes de Clichy et de Neuilly, avec quelques hameaux (Villiers, Courcelles) et des vignes que l’abbaye de Saint-Denis exploitait déjà au Moyen Âge. En 1822, Jean-Jacques Perret, riche propriétaire, tente d’y créer un lotissement au lieu-dit Champerret, le « champ pierreux ». Il découpe une soixantaine de terrains sur une vingtaine d’hectares. L’opération est un échec : les parcelles sont trop grandes, aucune route sérieuse ne dessert le secteur, et Paris est encore loin. Seul le nom de Champerret survivra, jusqu’à devenir celui d’une porte de Paris et d’une station de métro.

1845 : Levallois trace le damier

Vingt-trois ans plus tard, Nicolas-Eugène Levallois reprend l’idée avec une méthode toute différente. Ce marchand de vin, associé au géomètre Rivay, achète une première parcelle, « la vigne aux prêtres », et fonde le 19 juillet 1845 le « village Levallois ». Sa recette est simple et très moderne : des terrains petits, donc accessibles aux artisans et aux ouvriers, vendus à crédit, et desservis par un quadrillage de rues perpendiculaires, larges d’une dizaine de mètres, tracées avant même la construction des maisons. Le succès est immédiat. En quelques années, le village attire ceux que le Paris d’Haussmann repousse hors des fortifications, puis les industries qui cherchent de la place près de la Seine et du chemin de fer.

Ce damier est la signature de Levallois. Presque toutes les rues du centre se coupent à angle droit, presque toutes sont à sens unique, et les îlots ont conservé une taille régulière. C’est ce qui donne à la ville son allure à la fois ordonnée et très urbaine, sans grandes avenues ni perspectives à la parisienne.

La rue Vallier à Levallois-Perret vers 1900
La rue Vallier vers 1900, l’une des rues du damier tracé en 1845. Carte postale, Archives départementales des Hauts-de-Seine (Licence Ouverte).

1867 : une commune à part entière

Le village grandit si vite que Clichy et Neuilly, dont il dépend, ne parviennent plus à l’administrer. Le 21 juin 1866, une loi promulguée par Napoléon III crée la commune de Levallois-Perret, avec effet au 1er janvier 1867. Le nouveau territoire réunit les terres détachées de Neuilly, à l’est de la rue de Villiers, et de Clichy, à l’ouest de la ligne de chemin de fer de Saint-Germain. Le nom accole les deux lotissements fondateurs : celui de Perret, qui avait échoué, et celui de Levallois, qui avait réussi. La mairie actuelle, inaugurée le 27 mars 1898, viendra plus tard consacrer cette autonomie.

L’année même de sa création, la commune accueille un jeune ingénieur qui installe ses ateliers rue Fouquet : Gustave Eiffel. C’est à Levallois que seront fabriquées la structure interne de la statue de la Liberté, puis les pièces de la tour de 1889.

La mairie de Levallois-Perret au début du XXe siècle
La mairie de Levallois-Perret, inaugurée en 1898, au début du XXe siècle. Carte postale, Archives départementales des Hauts-de-Seine (Licence Ouverte).

Un siècle d’usines, puis la reconversion

Levallois devient l’une des grandes villes industrielles de la banlieue parisienne. Clément-Bayard y construit des automobiles à partir de 1903, Hispano-Suiza ouvre un atelier en 1911, et Citroën reprend l’usine Clément-Bayard du quai Michelet dans les années 1920 : la 2 CV y sera produite pendant près de quarante ans, jusqu’à la fermeture du site en 1988. Parfumerie, moteurs d’avion, radio : la ville compte des dizaines d’usines, et ses habitants sont très largement ouvriers.

La fermeture des usines, à partir des années 1980, ouvre une page entièrement nouvelle. En une trentaine d’années, les friches industrielles sont remplacées par des immeubles de bureaux et de logements neufs, des parcs et des équipements : le quartier de l’Europe autour de la place Georges-Pompidou, le front de Seine, puis le secteur des anciens terrains Citroën. Levallois passe d’une ville ouvrière à une ville de sièges sociaux et de familles de cadres, avec 68 000 habitants sur 241 hectares, soit plus de 27 000 habitants au kilomètre carré : la densité la plus élevée d’Europe.

Ce que cette histoire explique des appartements d’aujourd’hui

Quand nous faisons visiter un appartement à Levallois, nous retrouvons presque toujours l’une des trois époques de la ville.

Les immeubles de rapport de 1880 à 1930, en brique ou en pierre, occupent les rues du damier historique, autour de la mairie, de la rue Voltaire ou de la place de la République. Ce sont des appartements avec parquet, moulures parfois, hauteurs sous plafond raisonnables, souvent sans ascenseur, avec des vis-à-vis rapprochés dans des rues de dix mètres de large. Leur charme et leur prix dépendent beaucoup de l’étage et de l’exposition, parce que le damier ne favorise aucune orientation particulière.

Les immeubles des années 1990 à 2010, nés de la reconversion, offrent ce que l’ancien n’a pas : ascenseur, parking, balcons et terrasses, parfois une vue sur la Seine ou sur un parc. C’est cette offre, rare dans Paris intra-muros, qui a fait venir les familles parisiennes et a placé Levallois au niveau de prix des beaux arrondissements.

Enfin, quelques maisons de ville et petits immeubles du village d’origine subsistent, surtout dans le quartier de Villiers et vers Neuilly. Ils sont rares, et ils se vendent vite.

Résultat : sur l’ensemble des ventes de 2025, le mètre carré moyen s’établit à 9 026 € à Levallois-Perret, au-dessus du 17e arrondissement voisin, en dessous de Neuilly-sur-Seine, avec des écarts importants entre un ancien sans ascenseur du centre et un récent avec terrasse près de la Seine. Notre page consacrée aux prix à Levallois-Perret détaille ces différences quartier par quartier.

L’hôtel de ville de Levallois-Perret aujourd’hui
L’hôtel de ville de Levallois-Perret aujourd’hui. Photo Chabe01, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Et aujourd’hui, combien vaut un appartement ici ?

Le damier de Nicolas Levallois a 180 ans, et il continue de dicter la valeur des appartements : l’étage, la lumière, la présence d’un extérieur et l’époque de construction comptent davantage ici qu’ailleurs. Si vous vous demandez ce que vaut votre appartement à Levallois, une estimation fondée sur les ventes réelles de votre rue reste le point de départ le plus fiable. Pour aller plus loin sur l’histoire de la ville, notre page Histoire de Levallois-Perret prolonge cet article.

Trois questions sur l’histoire de Levallois-Perret

Qui étaient Levallois et Perret ?

Jean-Jacques Perret, propriétaire terrien, a lancé en 1822 un lotissement au lieu-dit Champerret, qui a échoué. Nicolas-Eugène Levallois, marchand de vin, a fondé en 1845 le village Levallois sur un plan en damier, qui a réussi. La commune créée en 1867 a réuni leurs deux noms.

Depuis quand Levallois-Perret est-elle une commune ?

Depuis le 1er janvier 1867, en application d’une loi du 21 juin 1866. Le territoire a été détaché de Clichy et de Neuilly-sur-Seine.

Pourquoi les rues de Levallois se coupent-elles à angle droit ?

Parce que Nicolas Levallois a tracé son lotissement de 1845 sur un quadrillage de rues perpendiculaires avant de vendre les terrains. Ce plan a été conservé et étendu lorsque la ville a grandi, ce qui explique les rues étroites, à sens unique, et les îlots réguliers du centre.

Sources : Wikipédia, « Levallois-Perret » (histoire, démographie 2022) ; Ville de Levallois, histoire de la commune ; base Mérimée (POP), usine Clément-Bayard puis Citroën, quai Michelet ; données DVF (DGFiP/Etalab) retraitées par Ouest Avenue, ventes 2025.

Et aujourd’hui, combien vaut un appartement ici ?

Retrouvez les prix au m² réellement constatés, quartier par quartier, pour les 20 arrondissements de Paris et les 35 communes des Hauts-de-Seine, puis demandez une estimation précise de votre bien.

Estimer mon bien gratuitementPrix immobilier par ville

Christophe BERMANN

Article rédigé par

Christophe BERMANN — Fondateur de l’agence Ouest Avenue

Diplômé d'un Master en marketing, j'ai passé plus de 10 ans dans un grand groupe de presse nationale avant de fonder l'agence Ouest Avenue en 2012. Passionné par l'architecture parisienne, la photographie immobilière et les petites histoires cachées dans les rues de la capitale, j'ai voulu créer une structure à l'approche humaine et qualitative, dédiée à ceux qui cherchent un accompagnement sérieux et soigné pour vendre, acheter, faire gérer ou investir dans l'immobilier résidentiel, principalement dans l'Ouest parisien et les Hauts-de-Seine.

Voir sa fiche conseiller